30 ans avec John

Date de l'article : 21.03.2019
Auteur : Isabelle Meynard et Luc David
En résumé : John WALSH prend sa retraite, après plus de 30 ans de bons et loyaux services dans l’association. Qui de mieux que son voisin de bureau depuis 28 ans et que celle qui l’a connu dès ses débuts aux écolos pour témoigner ?
L'article :

Le portrait que je vais vous faire de John Walsh ne va pas vous étonner. John Walsh est prétentieux. S'il avait été humble, pour passer inaperçu dans le Midi, il aurait été petit, rondouillard, le cheveu brun et dru, l'oeil noir, la peau mate.

John Walsh est un homme très fier de ses origines. Il ne s'est jamais intégré. S'il avait eu cette volonté, il se serait fait appeler simplement Jean Gallois.

En fait, John Walsh est un imposteur. Il nous fait croire qu'il est irlandais, pour donner une image exotique, mais il parle un français parfait. Il glisse bien quelquefois volontairement dans la conversation «le petite bouquin» histoire de nous embrouiller. À l'écrit, il va même jusqu'à faire semblant d'oublier le « s » au plus-que-parfait du subjonctif, faute rarissime chez un vrai français. Je l'ai rarement entendu parler anglais. D'ailleurs, il le parle très mal avec un awful french accent. Je ne serais pas étonné d'apprendre qu'il est né à Argenton sur Creuse ou à Barre-des-Cévennes. De toute façon John Walsh est nul en langues : il ne parle que l'espagnol, le brésilien, le français et quelques mots d'anglais. Cela montre quand même un intérêt pour les autres très limité.

Si seulement John Walsh avait de l'humour, cet humour typiquement britannique, qui nous rappelle que Jean-Marie Bigard est bien français ! Mais non, jamais un trait, jamais une saillie, jamais une pointe d'ironie. John Walsh est un bavard ostensible. Toujours à couper la parole des autres, sans jamais les écouter. John Walsh est autoritaire, voire tyrannique. Il ne prend jamais l'avis des autres, n'en fait toujours qu'à sa tête et impose systématiquement son point de vue à grand renfort de gueulantes retentissantes. John Walsh est un homme vaniteux. Toujours à se mettre en avant, à rechercher la gloire médiatique, à afficher son nom en gros sur ses photos. John Walsh est parfaitement individualiste et le démontre chaque jour en boudant les outils de travail collaboratif comme la galerie photo ou les wikis, qu'il ne renseigne jamais. John Walsh est nul en informatique. En 28 ans à ses côtés, je ne compte pas le nombre de fois par jour où il m'a interrompu pour me demander comment on décale une colonne sur XL, sur quel bouton il faut appuyer pour faire une copie d 'écran etc., alors que je lui avais expliqué déjà 20 fois !

Alors moi, patient je lui réexplique, calmement, sans montrer mon agacement. John Walsh n'est pas serviable. Jamais là quand on a besoin de lui, jamais disposé à donner un coup de main et s'il le fait au bout du compte, c'est en râlant. Le pire, au quotidien, c'est sa constante irritabilité, quand tu lui demandes la moindre chose. Preuve flagrante de sa filouterie éhontée et de son habileté sans scrupule, John Walsh, avec sa maîtrise de sociologie, veut nous faire croire qu'il connaît la botanique alors qu'il hésite entre Carex pseudofrigida et Carex punctata, Ah, Ah Ah, le nul ! Vous avez remarqué que John Walsh est un dilettante voire un fainéant. Il arrive très tard le matin et part très tôt le soir. Quand un livre est imprimé, il va dormir dans l'imprimerie et le matin il est aux écolos pour nous faire croire qu'il a travaillé dur. Personne n'a osé dire à John Walsh, qu'il dessinait comme un cochon. Pour lui faire plaisir, je me suis senti obligé de mettre un de ses dessins sur une plaque de lave à l'entrée de ma maison. Il faut bien ménager sa susceptibilité.

Je vois que n'êtes pas surpris de ce portrait, mais une chose m'étonne quand même : comment a-t-on supporté ce type si longtemps ?

Luc David


Quand John est arrivé aux Écolos, on savait de lui qu’il était musicien et sociologue. On savait aussi qu’il était Irlandais. Et avec Joseph qui venait de nous quitter nous croyions tout savoir sur les Irlandais. Mais bien sûr nous nous trompions, presque tout opposait Joseph et John. Quand John est arrivé aux Écolos, c’était pour prendre le poste de cuisinier. Il faisait une cuisine saine et simple, comme lui. Puis, lorsque nous sommes partis de Saint-Jean-de-Cuculles, nous n’avons plus eu besoin de cuisinier car il n’y avait plus d’accueil de groupes. Mais la curiosité et l’intelligence de John l’avaient fait s’ouvrir très vite à l’écologie en général et la botanique en particulier. Bientôt, il allait devenir un expert en salades sauvages. Mais ça ne suffisait pas. Il est aussi devenu animateur. Encadrant avec une grande compétence les camps d’ados et autres accueils de groupes. Parallèlement, John s’est intéressé à l’informatique et à la PAO. Très vite il a maîtrisé les logiciels d’édition. Mais il y avait encore autre chose : le dessin et l’aquarelle ! Je suis certaine que j’oublie encore quelques cordes de son arc multicolore. Bon vent à lui.

Isabelle Meynard


Luc David, géologue de formation, il a donc bien les pieds dans le sol et la tête dans les étoiles. Du sol au terroir et à la qualité du vignoble il n'y a qu'un pas qu'il ne faut pas hésiter à franchir avec lui. Compagnon de bureau de John depuis 28 ans, c'est donc aussi un excellent connaisseur de l'âme humaine...

Isabelle Meynard, salariée écolotte pendant 30 ans (1983 à 2013). Aujourd'hui, les luttes pour les droits des femmes, participation active au sein d'un Club de lecture, engagée (mouvement des Coquelicots et climat) correctrice bénévole et !... accordéoniste au sein d'une Fanfardéon.