Araignée, ne te cache plus !

Date de l'article : 21.06.2019 - 06:00
Auteur : Lilou Leonetti & Marine Trillat
En résumé : Mission Spider est une association loi 1901 qui a pour objectif d’identifier et de promouvoir la diversité des araignées du monde par le biais d’expertises naturalistes, de conférences et d’animations tout public, en France comme à l’étranger. Elle est animée, en régions Sud, par Lilou Leonetti et Marine Trillat qui sont notamment intervenues lors de deux mercredis du groupe Faune et d’une sortie sur le Domaine de Restinclières.
L'article : Nous savons que notre engouement pour les araignées est loin d’être partagé par tous et qu’elles peuvent engendrer de vives réactions… « Effrayantes » ou encore « Dégoûtantes », beaucoup d’idées reçues leur sont attribuées mais, que sait-on de ces petits monstres tant détestés ? Venez découvrir avec nous les « aliens » de nos contrées héraultaises !

Les araignées font partie des Arachnides, un groupe sous-étudié en comparaison avec de nombreux autres groupes.


Les excès et déficits d’occurrences dans les publications scientifiques. Source : Taxonomic bias in biodiversity data and societal preferences by Julien Troudet, Philippe Grandcolas, Amandine Blin, Régine Vignes-Lebbe & Frédéric Legendre


Nous sommes loin du compte !

Le monde entier regorge de nombreuses découvertes à faire. Chaque année, nous découvrons environ 18 000 nouvelles espèces, dont 75% sont des invertébrés.  Les derniers rapports scientifiques estiment que nous n’aurions décrit qu’1/6e des arachnides de notre belle planète !


Arachnides, Araignées: des groupes sous étudiés.  Source :  M.Trillat (Chapman 2009 ; World Spider Catalog, 2019)

Nous ne sommes pas en reste sur le territoire français ! Nous découvrons environ 2 espèces par jour (ONB, 2018) ! Et nous en découvrons bien encore plus sur leurs comportements et leurs « super-pouvoirs » !


Ultra-caméléon

Thomisus onustus, l’araignée-crabe enflée, est capable de changer de couleur, bien au-delà de ce que vous pensez !

Thomisus onustus avec proie. Source : © Lilou Leonetti

Peut-être avez-vous déjà croisé cette jolie Thomise sur des fleurs généralement de la même couleur, un papillon, une abeille à la bouche… Cette araignée choisit des fleurs dont elle peut imiter la couleur : blanc, rose, jaune, bleu, mais ce n’est pas pour chasser ! Cette couleur-ci est en réalité un camouflage contre les prédateurs. Sa « vraie » couleur, nous ne la voyons pas, puisqu’elle se situe dans le domaine des ultraviolets ! Cette couleur-là est destinée à ses proies : les pollinisateurs voient en ultraviolets pour apercevoir les signaux des plantes. Les fleurs sont parcourues de « flèches » guidant l’insecte jusqu’au pollen… ou, dans notre cas, jusqu’à l’araignée, de même couleur que le pollen ! Tel est dévoré, celui qui pensait manger !


Tout d'un don Juan
Pisaura mirabilis, la Pisaure admirable n’est pas facile à séduire, les mâles l’ont compris !

Pour séduire la femelle, ou du moins ne pas se faire croquer sans avoir le temps de tenter sa chance, le mâle doit être romantique, en apparence ! Il offre à sa belle un petit cadeau qu’elle pourra déguster pendant que lui fera son affaire. Pratique ! Seulement, on ne va pas se mentir… Chasser : c’est fatigant ! Alors, au lieu de perdre de l’énergie à attraper une proie, les mâles font preuve d’imagination : un paquet vide emballé d’une multitude de soie que la femelle perdra son temps à déballer… pour rien ! Les femelles ne se laissent pas avoir aussi facilement pour autant ! Pour savoir si un mâle essaye de les tromper, elles soupèsent le cadeau : si elles le jugent trop léger, elles se jettent sur le mâle peu scrupuleux et le dévore ! Bien évidemment, les mâles non plus n’en restent pas là. Si les femelles jugent le cadeau au poids, il n’a qu’à être plus lourd ! Certains mâles emballent donc des cailloux, du bois, de l’écorce, mais aussi… des fleurs ! Que de romantisme ! 

Pisaura mirabilis. Source : © Lilou Leonetti


Sacrifice maternel

Les araignées sont de très bonnes mères. La notion de « sacrifice maternel » est prise au pied de la lettre par Eresus kollari, l’araignée coccinelle. Originale pour une araignée, mais chez les érèses, c’est la femelle qui ne se reproduit qu’une fois ! Sa progéniture, c’est le but de sa vie ! Elle grandit très lentement et mettra 4 ans en moyenne à devenir adulte. À partir de sa mue imaginale, la femelle se retrouve dans une course contre la montre pour se reproduire ! Elle est « biologiquement programmée » pour devenir une bouillie à bébé : une fois reproduite, elle s’enferme avec son cocon, nourrissant au bouche-à-bouche les premiers juvéniles et se laissant dévorer par les suivants ! Son « sacrifice » permet à ses enfants, de quitter le cocon, forts et prêts à affronter le monde !

Eresus guerini avec ses juvéniles. Source : © Lilou Leonetti


Mygales de France

Les mygales ne se trouvent pas qu’ailleurs ! En France aussi nous en avons ! On compte plus de 19 espèces en France métropolitaine. Mygale ne rime pas forcément avec géante : nos mygales ne dépassent pas 3 cm ! De plus, elles sont particulièrement discrètes puisque ce sont des espèces terricoles, les femelles passant toute leur vie bien cachées dans leur terrier.

Dans l’Hérault, 2 espèces sont généralement trouvées, chacune a un terrier particulier, puisque l’un est en forme de chaussette et l’autre a une porte !

La Mygale à chaussette, Atypus affinis, aime les sols meubles de forêt et de jardin, elle y construit un long tunnel d’une vingtaine de centimètres. Ce tunnel, tapissé de nombreuses couches de soie, la protège des autres bestioles grouillant dans la terre. Au-dessus du sol, il dépasse une « chaussette » recouverte de terre, de débris de feuilles, bien dissimulée ! Si une proie passe dessus par mégarde, la mygale l’attrape au travers de la toile grâce à ses longs crochets !

La Mygale maçonne, Nemesia caementaria, aime au contraire les sols argileux et secs, où elle construit un tunnel semblable à sa cousine. Mais chez elle, rien ne dépasse du sol ! Une petite trappe ronde ferme l’ouverture du tunnel, qui est quasiment invisible sur le sol. La mygale se tient prête, attendant qu’un insecte passe devant sa porte, pour bondir hors de son trou et l’attraper à une vitesse fulgurante !!

La réincarnation de R. Noureev et F. Astaire

Ces deux grands noms de la danse, de la chorégraphie et de la chanson se sont réincarnés dans une petite araignée de 4 mm : Saitis barbipes !

Notre araignée paon française n’a rien à envier à ses cousines australiennes ! Grâce à sa troisième paire de pattes, plus grandes et plus colorées que les autres, le mâle réalise de somptueuses chorégraphies hypnotisant les femelles, mais ce n’est pas tout, il « joue aussi des claquettes et chante » ! Contrairement à la plupart des araignées, les Salticidae (araignées sauteuses) sont capables de capter des sons entre 80 et 130 Hz, elles utilisent donc toutes sortes de vibrations et stridulations lors de leurs parades nuptiales, certaines peuvent être entendues à plusieurs mètres à la ronde ! Les Salticidae possèdent également la meilleure vision parmi tous les arthropodes ! Pas étonnant qu’elles soient autant exubérantes !


Saitis barbipes. Source : © Lilou Leonetti

Mais des fois, la couleur et la danse ne suffisent pas…!  Au travers de cette série d’explications et d’anecdotes, nous espérons vous avoir fait changer de regard / exalter votre intérêt pour les huit-pattes !   À très bientôt pour d’autres fun fact et découvertes sur notre page FB @MissionSpider et notre site internet mission-spider.hubside.fr !


Lilou Leonetti & Marine Trillat ont créé l'association Mission Spider avec Alexis Bourgeois