Émeline Aupy, chargée d’études botaniques au sein du Pôle Études Naturalistes aux Écologistes de l’Euzière

Date de l'article : 23.09.2019 - 17:00
Auteur : Line Hermet et Hugues Ferrand
En résumé : Un parcours de formation riche et ouvert
L'article :

Peux-tu nous préciser en quelques lignes, ton origine géographique et ton parcours ?
 
Je viens de Charente-Maritime, plus précisément de Pons où j’ai passé un bac scientifique. Puis, délaissant la Faculté de Sciences de Poitiers, j’ai opté pour un BTS Gestion et Protection de la Nature à Nantes, au cours duquel j’ai effectué un stage au CEN d’Aquitaine pour l’étude des pelouses à brome des coteaux calcaires Dordogne et Gironde. Mon parcours s’est poursuivi avec une licence professionnelle à Anglet en Pays Basque, ce qui m’a permis de faire un stage en Andalousie de 5 mois sur la thématique flore et un travail autour du poirier sauvage, en centre de recherche au parc national de Doñana. Ensuite j’ai passé un master professionnel avec un stage à la Tour du Valat en Camargue pour l’étude des prés salés. Pour terminer j’ai suivi un botaniste indépendant avec un stage volontaire dans les Gorges du Toulourenc et de la vallée de l’Ouvèze. J’ai cherché longtemps ma voie car l’étude des paysages et l’architecture m’attiraient aussi beaucoup.

Ton arrivée aux EE date déjà de février 2012, pourquoi ce choix des EE ?

Diplômée de mon Master en septembre 2011 avec un dernier stage au CEN de Montpellier où résidait mon compagnon, je me suis spécialisée en flore méditerranéenne. À ce moment-là une offre d’emploi s’est présentée au sein des EE et le monde associatif m’a paru plus intéressant qu’un bureau d’études où j’avais aussi des opportunités. Ce fut une belle surprise !

Des missions spécifiques au sein des milieux méditerranéens


Très tôt, tu as été, semble-t-il, intéressée par les espaces naturels et les zones humides, pourquoi ces milieux ?
Les stages ont eu lieu sur le pourtour méditerranéen et m’ont amenée à me spécialiser sur la flore méditerranéenne. La garrigue m’intéresse, comme les zones humides en région méditerranéenne, sujet de mon stage long de fin d’études avec la mise en place de l’Observatoire des Zones Humides du Bassin Rhône Méditerranée.

Aux EE en quoi consistent tes activités au sein du Pôle d’Études Naturalistes ?
Je fais des expertises de tout type et des plans de gestion mais surtout de la cartographie des grands espaces Natura 2000 (notamment le causse d’Aumelas, la basse vallée de l’Aude, les étangs narbonnais et les gorges du Gardon), des études d’impact et l’analyse des dérogations, et certaines expertises réglementaires.

Peux-tu nous parler du devenir de ces études, sont-elles alarmantes, sont-elles prises en compte dans les projets et les politiques des collectivités locales ?
Le Maître d’Ouvrage donne une zone de projet, à la suite une zone d’études est définie, et nous intervenons à plusieurs sur le site ainsi délimité. Après état des lieux, nous évaluons, en fonction du projet et d’après les documents disponibles, les impacts sur la faune et la flore et proposons des mesures d’évitement. Pour les impacts résiduels, les services de l’État nous demandent d’élaborer un dossier de dérogation pour les espèces protégées. Plusieurs variantes de mesures spécifiques sont soumises à validation par les services de l’État. Mais les projets peuvent durer plusieurs années en raison des impacts à éviter ou à compenser, et peuvent, parfois, conduire à modifier ou à annuler le projet, sur décision du Préfet. Toutefois, la destruction de milieu n’est pas toujours évitable et il faut reconstruire les habitats pour les espèces, mais nous avons peu de retour sur ces dernières mesures de génie écologique.


Une organisation rigoureuse au service des EE


Disposes-tu d’une autonomie dans ton travail, comment s’effectue la répartition des missions entre les membres du pôle, comment peux-tu qualifier les relations avec tes collègues au sein de l’équipe ?
Nous sommes très rapidement autonomes sur les projets aux EE, ce qui est agréable, car nous faisons toutes les étapes et sommes au courant de l’intégralité du projet.
Chaque projet a un chef de projet qui coordonne l’ensemble, et un chef de projet adjoint. Nous travaillons souvent en équipe de trois ce qui permet de disposer des compétences spécifiques nécessaires pour les études réglementaires.

Quel retour des 7 années passées au sein des EE : as-tu rencontré des difficultés, es-tu satisfaite ?
Cette grande autonomie dont nous disposons sur le terrain s’accompagne parfois d’une solitude qui peut être pesante. La mission concernant la cartographie des Gorges du Gardon m’a amenée à habiter Remoulins pendant toute la durée de l’étude. Je me suis retrouvée assez isolée pendant 2 mois. Éprouvant ! Par ailleurs, le temps passé devant un ordinateur (jusqu’à 80% de mon temps pour certains projets) se fait au détriment du contact avec la nature dont j’ai besoin. Stimuler ma créativité, ou faire des travaux plus pratiques me manquent particulièrement, d’autant que la recherche d’une grande efficacité de manière permanente ne m’en laisse pas le loisir.

Quel serait le message que tu voudrais transmettre ?
La formation et la transmission de savoirs m’intéressent fortement. J’ai progressé en formation et dans l’échange avec les autres : les gens remercient et apprécient, mon travail est reconnu et devient gratifiant. Ce qui est rare lors d’études naturalistes tant de la part du Maître d’Ouvrage que des Services de l’État ! Travailler avec une stagiaire comme cette année a été génial. J’ai pris du temps pour la former, mais nous avons bien échangé et j’ai pu prendre un peu de recul. Ainsi, je m’interroge sur la manière dont on pourrait faire évoluer les études : par exemple, réorienter les mesures proposées actuellement (aménagement, jardins…) pour aller vers de la renaturation de friches industrielles, de terrains abandonnés et bétonnés, en fait, laisser la nature reprendre ses droits sur ces milieux très dégradés.

Et de beaux projets personnels en perspective !


Comment te projettes-tu dans un proche avenir ?
Après 8 ans aux EE (à la fin de l’année) qui a été mon premier emploi, je vais faire une pause d’une année sabbatique pour réfléchir et approfondir mon orientation future. Je pars rejoindre mon compagnon dans les Caraïbes, puis faire un voyage en Amérique latine et la recherche d’éco-lieux. Il est fort probable que cette aventure fasse l’objet d’une publication dont les contours ne sont pas encore définis. Nous sommes, avec mon compagnon, également passionnés de parapente, et nous souhaiterions professionnaliser nos connaissances par un monitorat.

Quels beaux projets ! Il ne nous reste qu’à te souhaiter bon voyage…