Les Carex de nos régions

Date de l'article : 23.09.2019 - 06:00
Auteur : Jean-Paul Salasse
En résumé : Les Carex (Laîches en français) forment un genre botanique auquel les débutants, et même un certain nombre d'amateurs, répugnent à se frotter.
L'article :

Le nombre important d'espèces (130 en France, 80 dans notre région, c'est-à-dire tout le sud de la France depuis la mer jusqu'aux montagnes pyrénéennes, alpines et du sud du Massif central), le fait que ces plantes ont la réputation de se ressembler beaucoup, constituent au départ des obstacles qui semblent difficilement surmontables.

Pourtant ces espèces discrètes, souvent abondantes, sont de très bons indicateurs écologiques, colonisant tous les milieux et signant de façon souvent précise la nature et le fonctionnement des habitats naturels.

Et elles ne sont pas si difficiles à déterminer si on sait (mais ceci est vrai pour tous les domaines des sciences naturalistes) quoi observer.

Il existe deux grandes catégories de Carex :

les Vignea, où les fleurs mâles et les fleurs femelles (les Carex sont des plantes monoïques chez lesquelles les fleurs sont soit mâles, soit femelles, mais portées sur le même individu) sont mélangées dans les épis.

les Eu-carex où les épis sont soit mâles (ne portant que des fleurs mâles) situés en général au sommet des tiges, soit femelles (ne portant que des fleurs femelles) situés en dessous sur les tiges.


Cette première distinction étant faite, il faudra, pour pouvoir utilement se servir d'une clé de détermination, bien observer les caractères suivants :

la souche : elle peut être cespiteuse ( en «touradons») ou gazonnante (= stolonifère) : si certaines espèces sont très typiques sur ce critère (Carex paniculata ou C. elata pour les cespiteuses, Carex divisa pour les gazonnantes), beaucoup d'autres ne sont pas si nettes et c'est donc un critère rarement déterminant.

la taille : certains Carex sont grands (1,50m chez C. pendula), d'autres minuscules (10cm ou moins chez C. humilis ou le très rare et protégé C. pauciflora).
     
les feuilles : elles peuvent être nombreuses, fines ou larges, longues ou courtes, dépassant ou non les épis supérieurs ; l'aspect très feuillé de C. halleriana par exemple, ou les feuilles très fines de C. lasiocarpa sont discriminants.

La couleur du feuillage est aussi très importante pour de nombreuses espèces : glauque (bleu-vert) chez C. flacca, C. panicea, C. riparia, C. elata, très vert chez C. nigra, C. cuprina, C. humilis, presque vert-jaune chez C. viridula, C. rostrata...
Les gaines des feuilles peuvent avoir leur importance : la couleur rouge de ces gaines est caractéristique chez le rare C. olbiensis.
     
les bractées : c'est-à-dire la dernière pièce feuillée placée en dessous des épis: la bractée peut être longue et dépassant la tige (C. distachya, C. remota), très fine (C. muricata), perpendiculaire à la tige (C. tomentosa).
     
la tige : le plus souvent à trois angles (rarement arrondie) ; les faces concaves des tiges de C. cuprina sont très typiques. Les tiges peuvent être lisses ou scabres (= rugueuses).
     
les épis mâles : chez les eu-carex, la forme des épis mâles (fusiforme, linéaire, en massue) et leur couleur (fauve, brune ou noire) sont importantes. Les écailles des fleurs mâles ne sont discriminantes que pour C. riparia (écailles pointues) et pour son cousin C. acutiformis (écailles obtuses).
     
les épis femelles : leur longueur, l'aspect penché à maturité (C. pendula), la présence ou non d'un pédoncule plus ou moins long, l'espacement entre eux, la distance les séparant des épis mâles, la densité des utricules constituent de très bons critères (le petit nombre d'utricules dans les longs épis de C. depauperata par exemple).
 

Chez les Vignea, où tous les épis sont semblables, regarder si les fleurs mâles sont plutôt au sommet ou plutôt à la base des épis.


les stigmates : les Carex ont deux ou trois stigmates. Mais cela se voit à la floraison et souvent les autres critères de détermination exigent une bonne maturation des utricules, quand les stigmates ont disparu !! Mais les utricules aplatis sont à deux stigmates, les utricules arrondis (de loin les plus nombreux) sont à trois stigmates.
     
les utricules : c'est la pièce maîtresse de la détermination des Carex. Les utricules sont des «sacs» enveloppant les fleurs femelles, donc un peu plus tard, les fruits (qui sont des akènes). Ils sont recouverts d'une écaille.

La taille des utricules, leur forme, leur pilosité, la taille et la forme du bec qui les prolonge (par exemple pas de bec chez C. flacca), le fait qu'ils soient lisses, bosselés ou nervés, leur couleur (l'aspect brillant des utricules de C. liparocarpos est typique), tout cela doit être observé attentivement.

L'écaille est, elle aussi, à examiner précisément : présence d'une pointe, couleur, nervures (les écailles brunes avec nervures vertes donnant un aspect bicolore aux épis femelles de C. panicea le font reconnaître de loin).

Enfin, il faut se rappeler que chez les Carex, où l'hybridation entre espèces est importante (mais peu stable), l'observation doit porter sur plusieurs exemplaires, les individus non conformes sont nombreux.

Voici la répartition très simplifiée des différentes espèces de Carex de notre région (ne sont cités que les noms d'espèces) par grands types de milieux.

Ceci est bien sûr assez arbitraire, car de nombreuses espèces peuvent se rencontrer dans différents habitats, mais cela permet cependant de lister de façon assez discriminante les espèces potentielles de chaque milieu.


En gras, les espèces fréquentes :
● dunes : extensa
● zones rudérales : divulsa
● forêts méditerranéennes : depauperata, depressa, grioletii, olbiensis, distachya, oedipostyla
● prairies de plaine : flacca, praecox, muricata
● garrigues : halleriana, humilis
● landes montagnardes : pilulifera
● fossés : hirta, cuprina
● zones humides de plaine : acutiformis, hispida, hordeistichos, distans, punctata, hostiana, flava, tomentosa, divisa
● sources, marais et tourbières de montagne : lasiocarpa, vesicaria, rostrata, panicea, laevigata, binervis, mairei, pallescens, umbrosa, brachystachys, buxbaumi, bicolor, cespitosa, nigra, acuta, chordorrhiza, disticha, spicata, diandra, paniculata, echinata, canescens, davalliana, pulicaris, pauciflora, microglochin
● causses : brevicollis, liparocarpos
● ripisylves et mares : riparia, pendula, elata, pseudocyperus
● forêts montagnardes : sylvatica, digitata, montana, alba, ferruginea, remota
● pelouses alpines et subalpines : capillaris, ornithopoda, ericetorum, sempervirens, firma, mucronata, frigida, atrata, parviflora, curvula, foetida, macrostylon, pyrenaica, rupestris
● prairies montagnardes : ovalis, caryophyllea

Bibliographie : Flore des Carex en France. Gérard DUHAMEL, Editions BOUBÉE. Magnifique et facile d'utilisation.



Jean-Paul Salasse

Co-président des Écologistes de l'Euzière