Occitanie, miroir du monde, de Jean-Marc Sor, Editions Plumes de Carotte 2019

Date de l'article : 24.07.2020 - 17:00
Auteur : Dubaele Hélène
En résumé : Pourquoi partir au bout du monde lorsque la proximité nous offre un panel des plus beaux sites mondiaux ? « L’Occitanie, aussi étonnant que cela puisse paraître, contient la planète entière dans toute sa splendeur et sa variété » nous interpelle l’auteur.
L'article :

Pourquoi partir au bout du monde lorsque la proximité nous offre un panel des plus beaux sites mondiaux ?  « L’Occitanie, aussi étonnant que cela puisse paraître, contient la planète entière dans toute sa splendeur et sa variété » nous interpelle l’auteur. 

Le principe est simple, tout comme les humains qui ont - paraît-il - des sosies à travers le monde, l’auteur a recherché les miroirs de nos sites occitans. Il compare deux photos représentant un lieu régional et une contrée lointaine.  Une carte introductive en révèle son extrême diversité, déployée dans chaque département. Si les écosystèmes de montagne sont prédominants, l’altitude tout comme la latitude est un facteur de changement, près de 150 sites sont comparés : désert, toundra, forêt tropicale, grotte, cascades, canyon, volcan, plage ou lac mythique, rien n’est oublié. 

Comment est-ce possible ? Du 42e au 45e  parallèle, du sud de Perpignan au nord de Cahors, l’Occitanie chevauche le biome méditerranéen et les forêts tempérées caducifoliées. Ajoutez-y une façade maritime, des massifs à plus de 3000 m et une géologie extrêmement variée, c’est le jackpot. 

Des exemples sont bluffants de ressemblances comme les tours jumelles de Peyrusse-le-Roc en forêt d’Audière (Aveyron) et le château de Gymes des Carpathes (Slovaquie).  Pour contempler des prairies de linaigrette, plante arctique, vous avez le choix entre dans la vallée de Gaube (Hautes Pyrénées) ou le Groenland. Le mimétisme est parfois si parfait qu’il faut lire la légende des photos pour identifier le modèle ou sa copie.  Ainsi, le lac de Bethmale (Ariège) à 1000 mètres d’altitude rivalise sans problème avec ses cousins canadiens. Parfois, la ressemblance n’affiche qu’un air de famille, comme le tépuis Kukenan (Vénézuela) et le pic de Montségur (Ariège). Il y a l’effet « bonsaï » lorsque la copie occitane miniaturise le modèle : le lac du Canet (Pyrénées Orientales) avec son arrière-plan enneigé du Canigou fait l’écho du lac Titicaca (massif des Andes) ou les concrétions de la grotte de Lombrives (Ariège) qui sont le miroir souterrain de la Monument Valley (USA).  

L’ambiance tropicale de la Gourgue d’Asque (Ariège) ou du ruisseau du Rô (Tarn) nous emmène dans l’exubérance végétale des forêts du mont Apo aux Philippines ou de la Sierra Nevada colombienne. 

Enfin, côté littoral, le sud des plages volcaniques du Cap d’Agde (Hérault) nous invite à visiter sa fausse-jumelle de Capri (Italie) ou la baia del Sancho (Brésil).   

Les photographies créent l’illusion et occultent volontairement une donnée non négligeable : le tourisme de masse qui affecte le littoral de la Méditerranée ou certaines vallées et sommets Pyrénéens. C’est la limite de l’exercice, qu’y a-t-il hors-champ ?  Un parking, une paillote ou des grappes de randonneurs ? Est-ce que l’on éprouvera les mêmes choses en ayant parcouru des milliers de kilomètres en avion, en bus et à pied pour grimper un sommet mythique et goûter à l’étrangeté linguistique d’une gargote, puis à son retour, compléter sa collection de pièces étrangères ? 

Voici un beau livre qui tombe à pic puisque nos déplacements lointains sont fortement remis en question. La fermeture des aéroports mais aussi la prise de conscience des effets délétères du tourisme de masse sur les écosystèmes vont nous amener (peut-être) à revoir nos voyages et déplacements. Enfin, s’il faut révéler (ou pas) les beautés du monde pour mieux le protéger, je recommande vivement à nos élus locaux qui martèlent le mot « territoire » à tout bout de champ, à œuvrer pour ne pas défigurer ces lieux uniques et singuliers et ce, malgré leurs sosies.