Portrait : Luc David

Date de l'article : 21.06.2019 - 14:00
Auteur : Line Hermet & Hugues Ferrand
En résumé : L’itinéraire d’un petit Ligérien
L'article :

Bonjour Luc, peux-tu te présenter en quelques mots, ton origine géographique, ta date d’entrée aux Ecologistes de l’Euzière ? 

Je suis Ligérien, né au bord de la Loire il y a 62 ans. Mon terrain de jeux, c’étaient les bords de Loire, cette Loire si dangereuse et mes parents m’ont appris à nager très tôt. Mes plaisirs d’enfance, c’était la pêche, faire du canoë, (j’ai su utiliser un canoë dès 6 ans), ramasser les petits cailloux roulés par la Loire, c’était le plaisir d’être dehors, dans la nature, avec les copains.

Quel est ton parcours et ta formation ?

Ma passion pour les petits cailloux m’a orienté vers un doctorat de géologie à la faculté de Montpellier (avec une thèse sur la microtectonique, la formation des continents et les déformations géologiques). C’était l’époque des missions spatiales sur la Lune, et je me suis dit qu’il fallait qu’un géologue aille ramasser des cailloux sur la Lune, et cela pourrait être moi ! En fait j’ai fait un passage assez long par l’industrie pétrolière très intéressée par mon sujet de thèse. Par la suite, en 1991, j’ai rencontré Benoît Garonne : ce fut un changement professionnel radical qui a conduit à mon intégration aux Écolos.

As-tu étudié un domaine particulier en géologie ?

Oui, l’hydrogéologie. Or notre région est un vrai domaine d’exploration en raison de ses très nombreuses cavités souterraines. La spéléologie s’est imposée, et m’a permis de les visiter.


Des missions techniques au service de la transmission des savoirs

Quel est ton rôle au sein de l’association ? Comment organises-tu tes activités, avec quelle autonomie ?

La géologie, comme la pédologie, la topographie, la climatologie ou encore l’hydrogéologie, sont souvent sous-évaluées au niveau du terrain par mes confrères et amis écologues. J’ai essayé d’apporter des éclairages sur les milieux naturels pour les études d’impact.

L’interprétation du patrimoine au sens large (c’est-à-dire naturel et bâti) un concept d’origine américaine, nous amène à nous interroger sur l’âme des lieux. Il faut faire connaître aux visiteurs les histoires des lieux. Nous avons, depuis quelques temps, mis en place une démarche et des outils (comme par exemple les topoguides). Récemment, une visite virtuelle (sons et images) disponible sur smartphone avec l’application « Izi travel » est possible pour visiter sans accompagnement le massif de la Gardiole, avec des bergers, des pompiers, des forestiers qui racontent, expliquent, ou encore la Colline de la Mourre, avec une bergère qui évoque sa vie, les lieux, les capitelles…

Par ailleurs, depuis plusieurs années, je participe à la mise en place d’un programme très étoffé de formation.

Dans l’équipe, en termes d’organisation, une grande autonomie est laissée à chacun ; chaque salarié a son poste et mène son projet sans entraves. Les projets portés sont très liés aux personnes, avec un très grand investissement et la responsabilité qui l’accompagne.

Philippe Martin nous dit que notre région est un concentré de toute la géologie française, qu’en penses-tu ?

Nous avons la chance d’avoir dans notre région des paysages très diversifiés, dus à une histoire géologique extrêmement variée, nous avons des affleurements exceptionnels avec des zones qui restent peu « enforestées » qui permettent de voir les roches. Si on trace un cercle de quinze kilomètres  entre Bédarieux et Clermont, on a toutes les roches de France (sauf une d’origine marine que l’on trouve en Corse ou dans les Alpes) !

Quels liens fais-tu entre géologie et nature/environnement, entre géologie et communautés humaines (à l’exemple des vignerons que tu as côtoyés) ?

J’ai des souvenirs de vendanges à l’ancienne de mon enfance et quand je suis arrivé aux écolos je suis tombé amoureux des vignerons : le lien entre terroir et vignes, le savoir-faire des vignerons, nous ont  intéressés très vite. Ils aiment leurs paysages et pour un géologue c’est inestimable. Ils ont, dans leur façon d’aborder leur travail, la vinification, un côté irrationnel, avec comme une pointe de magie… Et dans ces beaux paysages du Pic St-Loup, on ne peut faire que du bon vin ! 


L’heure d’un bilan ou la nouvelle vie

Qu’est-ce qui t’a le plus marqué pendant les années passées au sein de l’association ?

La qualité des projets et la rencontre avec des mondes (sport, industrie, agriculture) bien différents du mien. Il est toujours plus difficile et important de convaincre les personnes éloignées de nos conceptions que celles qui partagent nos vues.

Lors de mon grand séjour de 29 ans aux Écolos, et au-delà du monde viticole qui m’a marqué, j’ai eu l’occasion de suivre un projet avec un monastère de moniales. C’est la première fois où je me suis demandé, devant le portail du monastère, mais qu’est-ce que je fais là ?

Un joli visage souriant et un bain de 3 jours en immersion m’ont subjugué et m’ont entraîné dans ce projet avec une complicité étonnante des moniales.

Je garde aussi à l’esprit, ces groupes de stagiaires si dynamiques destinés à être des animateurs et animatrices Nature, avec qui on travaille sur le terrain (mais il me semble qu’ils ont besoin d’encadrants de leur âge et proche de leur mode de vie). 

Au moment de ton départ, quel message souhaiterais-tu transmettre ?

Rester au plus près du terrain, et être ouvert à des publics très divers, apprendre aux jeunes l’autonomie et la responsabilité, les apprentissages techniques seront toujours accessibles.

Envisages-tu de partager par la suite tes connaissances et ta passion auprès des adhérents des Écologistes de l’Euzière ?

Je souhaite faire un break et prendre du recul. Me consacrer davantage à ma passion des livres, m’occuper de rugby, poursuivre ma participation à des associations de solidarité, ou encore, marcher et me maintenir en forme avec mon épouse. Voilà un vrai programme de futur retraité ! Bien sûr, je resterai en contact avec l’Association. Et si l’occasion se présente je participerai volontiers aux éditions de livres sur la géologie.



Line Hermet, Les plantes, les fleurs, m'ont toujours émerveillée. Aujourd'hui, fidèle membre des Brins de Bota, je peux m'adonner à ce qui est devenu une passion et avec eux continuer à m'émerveiller devant les plantes et leurs secrets. Au passage, un grand merci aux Écolos pour leur contribution à la connaissance et la défense de la nature.

Hugues Ferrand, passionné depuis toujours de nature, j'ai commencé par une première sortie avec les écolos dans les années 1980 ! Les samedis bota  comme les mardis soir, s'insèrent désormais dans un agenda bien chargé avec Tela Botanica et surtout l'association que je préside, La Garance Voyageuse !