Thibaut Suisse, botaniste et responsable de la formation du pôle médiation en écologie scientifique

Date de l'article : 06.04.2020 - 15:00
Auteur : Line Hermet et Hugues Ferrand
En résumé : Portrait de Thibaut Suisse, responsable de la formation du Pôle Médiation en Écologie Scientifique, et botaniste au Pôle Études Naturalistes aux Écologistes de l’Euzière.
L'article :

Un parcours de formation riche, en prise avec le terrain

Peux-tu nous préciser en quelques lignes, ton origine géographique et ton parcours ?

Mes parents sont du nord, Baie de Somme, et de Bretagne. Mais j’ai grandi près de Nîmes à Clarensac, en pleine garrigue ! Mes « nourrices », nombreuses, m’ont formé à la connaissance de la garrigue avec les poireaux, les asperges sauvages… J’ai passé beaucoup de temps dans mon enfance, sur le terrain, à observer, à contempler la vie de la nature, plantes, insectes, têtards. Vers 8 ans le premier ouvrage des salades sauvages des EE est paru et mes parents l’ont acheté. Nous avons commencé à ramasser des salades sauvages : Saint-Joseph, que nous appelions salade à l’ail, pimprenelle, roquette jaune, chicorée à la bûche, doucette, barbabouc, herbe rousse, pissenlit bien sûr ! Par la suite au collège, j’aimais consulter, à la bibliothèque, les ouvrages sur les plantes et comparer avec mes découvertes, notamment les orchidées.

Après le collège et un an en lycée technique, j’ai opté pour un lycée agricole, en Lozère, en section D’ qui comprenait de l’écologie qui m’a passionné immédiatement. Sur les conseils des professeurs, j’ai choisi de suivre un BTS Gestion et Protection de la Nature à Aubenas. Pendant 2 ans l’apprentissage de l’écologie s’est fait sur le terrain, accompagné par d’excellents professeurs sur l’écologie scientifique. Ce furent deux très bonnes années. Cela m’a poussé à continuer mes études à la faculté de Montpellier, pour approfondir mes connaissances, plutôt que de devenir conseiller agricole.

Mes études ont porté sur la Biologie des populations et des organismes. Ce que j’ai surtout acquis, c’est une formation à la lecture scientifique, une compréhension, une ouverture intellectuelle.

Après la maîtrise et fort de ces connaissances, je suis parti en Angleterre avec English Nature (aujourd’hui Natural England), gestionnaire de parcs nationaux. J’ai pu observer comment les espaces protégés peuvent servir à la communauté locale environnante. Belle expérience !

Mon premier emploi comme animateur a été le Renard, Rassemblement pour l’Étude de la Nature et l’Aménagement de Roissy et de son District. Cette association avait été fondée pour protéger les espaces agricoles et naturels de l’urbanisation, avec la croissance de Paris, et était très engagée dans tous les domaines naturalistes et en particulier le droit de l’environnement. Mes activités étaient l’animation de sorties, de clubs nature, animation scolaire, contre-expertises et suivis scientifiques de réserves naturelles. J’ai pu bénéficier pendant cette période d’une formation naturaliste très large, ainsi que sur le volet de la réglementation, textes de loi etc.

En 2008, j’ai rejoint les écolos !


La botanique avant tout !

Très tôt, tu as été, semble-t-il, intéressé par la botanique ?

Les plantes me « parlent » plus que le reste, même si j’ai voulu faire d’autres activités comme l’archéologie et la spéléologie, ou la géologie. Le recrutement aux écolos a été sur un profil de botaniste.


Pourquoi ce choix des EE ?

Depuis un an je voulais revenir dans le sud et j’ai candidaté sur Tela Botanica : Daniel Mathieu, Danielle Cornillon, Joël Mathez composaient le jury, mais je n’ai pas été retenu. Or j’étais en contact avec Benoît Garonne, je fréquentais les EE les mardis soir et aidais comme bénévole au secteur études ; JP Vigouroux, salarié aux RH m’a contacté puis m’a proposé de venir au sein des EE.


Aux EE en quoi consistent tes activités depuis 12 ans ?

D’abord botaniste aux études, ensuite en 2009 je suis également devenu formateur, fonction que j’avais occupée dans ma précédente activité.

Par ailleurs, j’ai été élu, à mon insu, délégué du personnel pendant 4 ans. Le devenir de l’association, avec la perspective du départ de Jean Paul, avait créé de l’inquiétude dans l’équipe; cela m'a demandé pas mal d'énergie et d'apprentissage de la diplomatie. C'est par la suite  que j’ai intégré l’équipe de direction sur la question des RH.

Désormais je suis botaniste, animateur, formateur et en équipe de direction. Je fais aussi un peu d’interprétation du patrimoine.


Et les MOOC de Tela Botanica ?

Les EE et TB sont très proches et, régulièrement, des salariés des EE sont soit au Conseil d’Administration soit au Conseil Scientifique et Technique de TB. À ce titre je siège au CA et comme je fais de la formation, j’ai été sollicité pour la création du MOOC botanique, qui à l’époque était très nouveau. De plus toutes les vidéos ont été tournées à Restinclières, avec l’installation technique nécessaire, et en compagnie de botanistes de très haut niveau.

Ce fut une belle aventure. La bonne répartition des séquences entre les botanistes, m’a permis de m’occuper de celle intitulée « Observer et comprendre ce qu’on observe » avec une participation active de recherche des plantes, actrices principales de la séquence !


Vive les Écologistes de l’Euzière !

Quel est ton retour sur les EE ? As-tu constaté une évolution ?

Le fonctionnement des EE est remarquable car salariés et adhérents bénévoles sont associés. Par contre, la dynamique des mardis soir est différente : avant, les participants de ces soirées animaient les conférences, aujourd’hui, des intervenants viennent de l’extérieur et s’adressent à un public plus large dans un autre esprit.

Le public a changé et tout le monde parle d’écologie. Mais on est passé à l’environnement, au développement durable dans les discours, ce qui est différent de l’écologie scientifique défendue et pratiquée par les EE. Pour comprendre l’homme il faut comprendre la nature, il faut que l’homme vive bien avec elle et qu’il s’en émerveille. La connaissance permet de prendre conscience et de passer aux actes. L’écologie scientifique reste une marque reconnue des EE.

Comment te projettes-tu dans un proche avenir ?

Je ne me sens pas du tout lassé par tous les projets auxquels je participe et je souhaite encore continuer à m’investir au sein des EE. Mon poste est d’une grande richesse, parfois fatigant ! Beaucoup d’autres choses me passionnent (comme la cuisine des plantes que je garde comme loisir !) et je reste ouvert pour d’autres défis dans l’avenir.


Propos recueillis par Line Hermet et Hugues Ferrand


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