Petit manifeste des écolos


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S’'investir dans l'’éducation comme nous le faisons, c’'est parier sur l’'individu en le croyant capable d’'influer sur le cours des choses au lieu d’'en être le jouet.

Nous la concevons comme une pépinière de diversité d'’aptitudes et de talents, comme le contraire même du dressage ; comme une école de la fantaisie plutôt que de la bonne éducation. Nous ne réduisons pas l'’apprentissage au seul domaine intellectuel mais nous nous efforçons de développer toutes les facultés sensorielles et imaginatives ; de rendre en quelque sorte la peau des enfants plus sensible au lieu de la tanner.

L’'éducation à l’'environnement est, naturellement, le lieu privilégié d’'une telle pédagogie : apprendre à voir, à écouter, à goûter, à sentir, demande plus d'’entraînement qu’'on ne le croit généralement.
L'’environnement, par ailleurs, nous oblige toujours à garder à l’'esprit cette leçon très générale donnée par le comportement animal, à savoir que le jeu est le protocole majeur d’'apprentissage. Avant d'’affronter les risques de la réalité, on se les joue. Sous le regard et la protection des adultes, on apprend à se connaître soi-même, tout en découvrant les autres et le monde. Poésie, musique, dessin, artisanat sont en fait des formes raffinées de jeu, où le plaisir joue un rôle majeur, et qui nous ouvre les portes du monde.

Ces idées, pour n'’être pas nouvelles — c'’était déjà celles de Rabelais dans son Thélème — font peu à peu leur chemin dans la scolarité officielle, mais sont encore loin d’être admises par tous, y compris, et peut-être surtout, par les parents : ne sont-ce pas eux qui réclament aux instituteurs plus de devoirs à la maison alors que la loi les proscrit ? Ne sont-ce pas eux qui confondent encore apprentissage et souffrance, école et calvaire ?
Pourtant elles ne sont pas des utopies. Même si le vote de chaque individu ne représente qu’'une goutte d’eau dans la mer, c’'est ensemble qu'’en démocratie on change le cours des choses et, jusqu'’ici, ce système est le seul à avoir su offrir au plus grand nombre un minimum de libertés individuelles et d'’aisance matérielle.

Plaisir d’'apprendre et partage sont ainsi les maîtres-mots de la pédagogie de nos camps. Les enfants commencent par choisir leur projet de découverte en fonction de leurs goûts et des thèmes qui les intéressent. Ils se forment en groupe restreints de 4 à 5 personnes, mettent au point leur méthode et leurs instruments de découverte, puis communiquent aux autres leurs observations au cours des débats quotidiens où se prennent les orientations et les décisions communes.

Les adultes (1 pour 5 enfants) n'’ont que le rôle de gardien des règles du jeu adoptées en commun par les enfants. Ils ne dénoncent l’'erreur en amont de l'’expérience que pour autant qu’'elle leur ferait courir des risques physiques.

C'’est, par ailleurs, à dessein que nous avons finalement opté pour des séjours sous tente et à proximité d'’une ferme, pour que les enfants soient véritablement dans un « bain de nature », ouverts à la nuit comme ils le sont au jour. L'’été permet cette expérience sans risque qui leur laisse des souvenirs parmi les meilleurs.

Benoît Garrone, fondateur de l’'Association.